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COLLOQUE DES AMIS DU MONDE DIPLOMATIQUE: Les voies de l’Afro résistance explorées
(Sud Quotidien 16/12/2005)


L’Afrique est engluée dans des problèmes qui la ravalent au rang des continents les plus pauvres. Il y va de la responsabilité des puissances colonisatrices comme de la démission des élites africaines, programmées pour reproduire les schémas occidentaux. Cela dit, une autre Afrique est possible. Pour explorer les voies de cette possìbilité, l’association Les Amis du Le Monde Diplomatique-Sénégal a convié les intellectuels à l’Université Cheikh Anta Diop (les 14 et 15 décembre) autour du thème : les voies de l’Afro Résistance. Les travaux du colloque se sont déroulés en présence de Ignacio Ramonet, directeur du Le Monde Diplomatique et de Anne-Cécile Robert du même journal.

«L’Afrique sous turbulences : responsabilités occidentales – Démissions africaines ?» C’est à cette réflexion que l’association Les Amis du Monde Diplomatique Sénégal a convié, pendant deux jours (14 et 15 décembre), à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), les intellectuels africains aux fins d’explorer ce qu’elle appelle «les voies de l’Afro résistance».
Notre consœur, Anne-Cécile Robert du journal Le Monde Diplomatique et l’universitaire Abdoul Aziz Diop, ont introduit le sujet, sous… l’oreille experte de Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique qui a prononcé le discours inaugural du colloque autour du thème : les voies de l’Afro Résistance.
L’universitaire Abdoul Aziz Diop, par ailleurs enseignant à l’Institut des sciences de l’information et de la communication (Issic), a posé le problème des «responsabilités occidentales» dans le pillage des ressources du continent noir sous l’angle des «Politiques occidentales en Afrique» et de se qu’il appelle les «pannes des modèles de développement et piège de la dette». Autrement dit, quelle alternative à la dette contractée auprès des institutions multilatérales comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (Fmi) et la Banque africaine de développement (Bad) qui, dit-il, au lieu de soulager les économies africaines, les ont plutôt précipité dans l’abîme.

La parité des fondamentaux

Ainsi donc, après avoir rappelé les cinq mesures de l’ajustement structurel qui ont miné les économies africaines, le conférencier va agiter quelques idées. La première, c’est celle d’une parité des fondamentaux. «Puisque les droits fondamentaux de l’homme, à savoir le droit à la santé, à un environnement sain, à l’éducation, à l’information, sont consacrés par la Déclaration universelle des droits de l’homme, comment faire pour que ces droits fondamentaux soient pris en compte en termes de fondamentaux économiques qui puissent servir de transferts sociaux en direction de l’investissement immatériel nécessaire pour tirer nos sociétés du sous-développement?», s’interroge Abdoul Aziz Diop. La seconde, est articulée autour de ce qu’il désigne par le vocable de «diversité durable», convaincue que le «développement durable veut consacrer la croissance durable, la protection de l’environnement et l’équité sociale». Il ne perd pas de vue l’idée selon laquelle «pour qu’il ait une croissance mondiale, profitable à toutes les couches là où elles sont, il faut - et ça, c’est la vocation du commerce équitable – accepter la diversité des produits et des producteurs». Sa dernière proposition a trait à ce qu’il appelle «l’anticolonialisme communautaire». «Plutôt que de laisser 16,5 millions d’Ivoiriens se battrent pour leur émancipation économique, le mieux serait d’élargir la lutte à l’Union monétaire et économique africaine, à la Cedeao pour que 160 millions d’Africains se cristallisent autour d’elle pour qu’en définitive des capitaux locaux prennent en charge notre développement et puissent recréer cette classe moyenne indispensable pour relancer l’Afrique et l’imposer au reste du monde», souligne l’universitaire.

Une deuxième indépendance

Pour Anne-Cécile Robert du journal Le Monde Diplomatique, l’Afrique est en train de vivre une période de transition politique et économique qui ouvre des possibilités pour ce continent, synonyme de «deuxième indépendance». Celle-ci passe naturellement par le bilan négatif du colonialisme, reconnu du reste par les bailleurs de fonds, quand bien même ces derniers continuent à explorer d’autres voies pour dépouiller le continent de ses ressources. Nul doute que les politiques d’ajustement structurel ont détruit les Etats africains, en coupant les ailes des puissances publiques, imposant les privatisations des sociétés nationales. Il a aussi démoli les classes moyennes en Afrique.

Les portes de la pauvreté

Le paradoxe est que le continent africain, le plus ouvert du reste du monde, est le plus pauvre, au moment où les pays riches se couvrent du voile du protectionnisme et de l’interventionnisme. L’autre fait relevé par la conférencière, c’est quand les nouvelles générations africaines sont pénétrées du sentiment de ne pas être redevables du colonialisme et en même temps, se comportent comme des moteurs de systèmes d’asservissement, tel que le libéralisme ou le néo-libéralisme. Et tout ceci se passe dans un contexte d’un semblant d’indépendance politique, d’autant que les puissances étrangères continuent à dicter leur volonté aux dirigeants africains. Anne-Cécile Robert d’offrir à l’assistance l’image d’un Chirac s’affichant avec Oumar Bongo, à la veille de la présidentielle gabonaise. Une injure à la classe politique de ce pays?
En plus, la notion de «bonne gouvernance» chantée sur tous les toits, est passée, selon elle, à la moulinette du libéralisme économique. La conférencière a mis l’accent sur l’ambiguïté du vocable dont l’origine s’apparente à la «bonne administration». C’est pourquoi, elle estime que la «bonne gouvernance» devrait être entendue au sens de «Bon gouvernement» qui renvoie à la lutte contre les inégalités. Or, dit-elle, quand ils parlent de «bonne gouvernance», les champions du libéralisme ne pensent qu’à leurs comptabilités, à leurs chiffres.

L’Afrique des possibles

Anne-Cécile Robert de scruter l’horizon des possibles pour l’Afrique.
Pour elle, le temps est venu pour ce vieux continent d’ouvrir d’autres espaces, en luttant contre l’aliénation qui a revêtu ses habits du libéralisme économique. Le contexte s’y prête : le système libéral fonctionne de moins en moins bien, les altermondialistes se font entendre à l’occasion des rencontres planétaires, les foras mondiaux constituent le lieu d’échanges pour les pays pauvres.
Les Africains doivent réfléchir sur la solidarité, au sens du collectif. Anne-Cécile Robert nous invite alors à affronter le discours de la peur que le libéralisme sert à l’Afrique dès qu’il sent la volonté de briser les chaînes de l’aliénation économique. Un collectif qu’il (le libéralisme) assimile à un tas d’horreurs. En réalité, le sens du collectif n’est pas réductible à ce qui se fait dans l’ex Urss, fait remarquer la conférencière.

Le temps de la résistance

Le temps de la résistance a sonné, dira le sociologue Malick Ndiaye, président du Cercle des intellectuels. Une invite à «l’afro résistance» comme réponse à la capitulation de certaines élites africaines, dont «les Ong, la Société civile qui vivent sur la base de programmes qui les ont aliénés. Des générations de grands universitaires sont en train d’être liquidées», se désole-t-il. Le sociologue propose comme recette l’esprit de résistance qui a lui-même besoin d’espaces «porteurs d’un esprit et de valeurs». Malick Ndiaye est cependant convaincu que toute reconstruction recommande une dose d’utopie. «Il faut libérer l’imagination mais pour cela, il faut le goût de la liberté. Mais sommes-nous prêts ?», s’interroge l’intellectuel.

Bacary Domingo MANE

ENCADRE

IGNACIO RAMONET

«Le Monde Diplomatique est un journal réseau»

Ignacio Ramonet, le directeur du Le Monde Diplomatique, a prononcé le discours inaugural du colloque international de l’Association les Amis du Monde Diplomatique Sénégal autour du thème : Les voies de l’Afro résistance.
Mon discours inaugural du Colloque international était essentiellement une adresse à l’ensemble des participants et des intervenants pour, en quelque sorte, identifier le journal. Qu’est-ce que c’est Le Monde Diplomatique ? Qu’est-ce que ça représente à l’échelle internationale? Rappeler que ‘’Le Monde Diplomatique’’ a cinquante éditions internationales, une diffusion de 1,5 millions d’exemplaires dans cinquante pays et à peu près dans trente langues. Donc, c’est tout de même un journal-réseau à l’échelle internationale.
On était particulièrement satisfait de voir que nos lecteurs ici sont organisés au sein de l’Association des amis du ‘’Le Monde Diplomatique’’ et rappeler aussi qu’au Monde Diplomatique, nous avons depuis quelques années décidé de consacrer des pages régulières à l’Afrique en raison de l’importance des débats qui se conduisent ici et signaler que parmi les intervenants, il y des auteurs, des journalistes, universitaires, académiciens, experts qui écrivent dans Le Monde Diplomatique et qui peuvent donner leur point de vue africain sur les problèmes africains à l’ensemble de nos lecteurs à l’échelle internationale.

Propos recueillis par BDM

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