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Sonatrach et les banques algériennes se rejettent les surliquidités (Les Afriques 04/11/2009)
Sonatrach dispose d’un pactole de 2000 milliards de dinars, soit 20 milliards d’euros, pour lesquels elle ne trouve pas de bons placements auprès du secteur bancaire public. Ces fonds constituent, à eux seuls, les deux tiers des surliquidités des banques publiques algériennes, estimées à 3000 milliards de dinars. Le gouvernement n’a pas encore trouvé la pompe aspirante.
Sonatrach a, certes, lancé un ambitieux programme d’investissement dans le domaine de la pétrochimie, d’un coût de 30 milliards de dollars, mais la crise l’a contraint de le redimensionner, voire de l’étaler dans le temps. Les lenteurs dans la concrétisation des projets dans la pétrochimie n’expliquent pas à eux seuls la situation. L’argent dormant ne rapportant rien aux banques et les capacités d’absorption de l’économie algérienne étant limitées, les banques publiques ne courent pas après les fonds de Sonatrach.
La compagnie publique d’hydrocarbures en aurait, de source interne, approché plusieurs pour essayer de placer ses excédents, sans résultat. L’ensemble de la place financière publique, y compris la Banque extérieure d’Algérie, dont le principal client est Sonatrach, refuse de prendre en charge un « trésor empoisonné ». Les banques publiques ont déjà un problème de surliquidités et n’arrivent pas à engager leurs surplus dans des financements profitables.
Pas de projets bancables
En l’absence de politique de crédit dynamique, ces fonds ne peuvent être engagés et grèvent la rentabilité des banques en restant des dépôts. Or, les banques, tenues par des règles prudentielles, se plaignent de l’absence de projets bancables. La Banque centrale se charge en partie de la résorption de la liquidité bancaire. Le rapport sur l’évolution de la situation financière et monétaire de l’Algérie, présenté jeudi dernier devant les députés par le gouverneur de la Banque d’Algérie, souligne que la Banque centrale mène une « politique de résorption de l’excédent de liquidités dans les banques en exploitant la technique de récupération de liquidités » (pour sept jours et trois mois).
L’ensemble de la place financière publique, y compris la Banque extérieure d’Algérie, dont le principal client est Sonatrach, refuse de prendre en charge un « trésor empoisonné ».
On estime que la Banque extérieure d’Algérie et la Cnep-Banque, détiennent, à elles seules, plus de 2000 milliards de surplus. Les difficultés rencontrées par Sonatrach pourraient l’amener, si la Banque centrale en donnait l’aval, à créer sa propre banque. En décembre 2008, le ministre de l’Energie, Chakib Khelil, avait indiqué que la société nationale des hydrocarbures pourrait se doter d’une banque spécialisée dans le financement des investissements du secteur des hydrocarbures. Une option qui n’apporte pas forcément de réponse au problème des surliquidités et reste toujours à l’état de projet.
Pas de recours aux banques étrangères
Les banques étrangères privées installées en Algérie pourraient être preneuses. Légalement, il n’y a plus d’obstacles. La circulaire Ouyahia d’août 2004, obligeant les entreprises publiques, établissements et offices publics de recourir exclusivement aux banques publiques, a été abrogée le 1er octobre 2007. Sonatrach, comme les autres entreprises publiques, pourrait normalement placer une partie de ses fonds dans ces banques, mais, explique un connaisseur du secteur financier, « cela ne fait pas partie de la culture » du gouvernement.
Le récent cadrage des investissements étrangers ne s’est pas contenté de limiter l’actionnariat étranger à 49%, il a fait obligation à ce que ces investissements mobilisent les financements nécessaires uniquement sur le marché local. Dans un entretien à l’agence APS (13 aout 2009), le ministre des Finances, Karim Djoudi, y voit un atout pour attirer les investisseurs dans un contexte international de forte rétention des liquidités et de difficulté de financements. Les investissements étrangers, en partenariat avec des investisseurs algériens, ont l’assurance de « pouvoir bénéficier, en dehors de l’apport en capital fait en devises, d’un financement en dinars algériens dans un marché liquide avec des conditions de taux d’intérêt particulièrement stables. Cette mesure est bénéfique pour l’économie algérienne en limitant la croissance de l’endettement privé externe qui est un des éléments de vulnérabilité dans un contexte de crise financière internationale ».
Ce n’est pas une question technique
Ces incitations, si elles intéressaient les investisseurs étrangers, soulageraient en partie les banques publiques du « fardeau ». Le problème est que les investisseurs en question restent quelque peu dubitatifs. Les IDE ont été, selon les derniers chiffres du gouverneur de la Banque d’Algérie, de 2,33 milliards de dollars en 2008. Au premier semestre 2009, ils ne sont que de 700 millions de dollars. L’offre de financement local inversera-t-elle la tendance au tassement… ?
Au niveau local, des entrepreneurs veulent une augmentation des crédits et, surtout, un assouplissement des conditions d’accès aux financements. Plusieurs établissements de leasing devraient être mis en place début 2010. Cinq banques publiques (BNA, BDL, CPA, Badr-Bank et CNEP BANQUE) devraient créer des filiales dédiées à la location-vente. Pas de quoi résoudre le problème des surliquidités.
Pour un financier algérien établi à l’étranger, poser la question en termes de pure gestion bancaire n’a guère de sens, à plus forte raison pour des banques publiques sous tutelle. « La question clé révélée par cette surliquidité est le faible taux de croissance de l’économie. Il est d’autant plus inacceptable quand on a plus de 20% de taux de chômage et qu’on est dans l’importation systématique ».
Par Rafik Sabounji et Nadia Hachelef, Alger
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